ART

Munch, un homme qui vaut bien un voyage... ou une étape vers le Grand Nord

Edvard Munch occupe une place particulière dans l’histoire de l’art, avec des œuvres reflétant les tourments d’une âme agitée, dans lesquelles la nature norvégienne est omniprésente. Rencontrez l’auteur de l’emblématique “Le cri” dans le tout nouveau Musée Munch ouvert depuis le 22 octobre 2021.

La fine silhouette à la tête cadavérique et à la bouche en ovale n’en finit pas de fasciner le public, partout dans le monde. Cette toile est un jalon dans l’histoire de l’art moderne. Elle serait « la seconde œuvre la plus connue de l’histoire de l’art » après La Joconde. Elle possède même son propre emoji 😱.

Même si Le Cri est sans doute plus connu que son propre créateur, Edvard Munch n’en reste pas moins l’un des Norvégiens les plus célèbres de tous les temps. Le peintre, qui est né à Løten en 1863, a été en activité pendant plus de 60 ans. Bon nombre de ses œuvres traitent de thèmes existentiels tels que l’anxiété, la jalousie et la mélancolie. Ces thèmes universels les rendent tout aussi pertinentes aujourd’hui qu’elles l’étaient à l’époque.

© Photos : Musee Munch, Thiébaut, AFP

La conception du nouveau musée fut annoncée en 2009 par l'architecte espagnol Juan Herrero, avec son projet Lambda.

Derrière l'Opéra à l'extrémité du fjord d'Oslo, sur le port commercial et industriel du quartier de Bjørvika.

LE TOUT NOUVEAU MUSÉE MUNCH

Ouvert depuis le 22 octobre, le Musée Munch possède la plus grande collection d’œuvres d’Edvard Munch au monde. Edvard Munch a légué sa collection à la ville d’Oslo par décision testamentaire. Le musée Munch rassemble 1.100 peintures, 3.000 dessins et 18.000 gravures de l’artiste.

L’institution a pris ses nouveaux quartiers dans un bâtiment très spacieux, dessinée par le cabinet d’architectes espagnol Herreros, qui est loin de faire l’unanimité. Adieu le bâtiment vieillot, obsolète, mal sécurisé de 1963 et excentré dans l’est de la ville.

Le nouveau musée Munch s’étend sur 26 300 m2. Par-delà le musée lui-même, c’est toute une série de questionnements qui sont soulevés sur l’expérience du visiteur et l’insertion d’infrastructures dans le paysage urbain et leur durabilité. Ces pistes de réflexion ont mené à la construction de cette masse de béton s’élevant à 60 mètres du sol. Situé sur les bords du fjord traversant la capitale norvégienne, le monument métamorphose véritablement la skyline de la ville, où aucun bâtiment ne dépasse les 15 mètres de haut. De plus, la structure verticale du musée, dont le sommet est incliné à 45 degrés, bouscule aussi l’horizon du paysage norvégien. Dans un souci d’harmonie paysagère et de conscience écologique, le musée est intégralement recouvert d’un habillage en tôle d’aluminium recyclé. Ses tons blancs, bleus et gris font écho aux couleurs du fleuve et aux larges baies vitrées de l’Opéra national sur la rive juste en face.” Magazine AD

Malheureusement, cette vision de spécialiste est en totale opposition avec celle du grand public.« On dirait une installation militaire ! » Commente un visiteur. Ce parti pris d’un imposant blockhaus gris ne fait pas l’unanimité. Mais tout le monde s’accordait sur le fait qu’il était nécessaire.

Les tarifs d’entrées :
Adulte : 160 NK / ± 18 E – En dessous de 25 ans : 100 NK / ± 8 E – Enfants et membres : Gratuit

Le Cri, 1893

Autoportrait à la cigarette, 1895

RAPIDE PRÉSENTATION
DE L’ŒUVRE DE MUNCH

Edvard Munch peut être considéré après l’exposition berlinoise de 1892, comme le pionnier de l’expressionnisme dans la peinture moderne. Il est très tôt réputé pour son appartenance à une nouvelle époque artistique en Allemagne et en Europe centrale. Son œuvre et son importance sont aujourd’hui reconnues en Europe et dans le monde.

Les œuvres de Munch les plus connues sont celles conçues au début des années 1890, notamment Le Cri. Son œuvre ne connaît véritablement le succès dans les pays nordiques qu’à partir de 1909, grâce à la grande exposition rétrospective organisée par son ami Jappe Nilssen et par Jens Thiis, directeur de la galerie nationale d’Oslo. Le peintre absent est momentanément convalescent dans une clinique privée de Copenhague, après y être entré en état de dépression nerveuse, victime de troubles graves du comportement, physiques et nerveux, en 1908.

Ses techniques de prédilection sont essentiellement la peinture et la tempera sur carton. Il est aussi un pionnier de l’art accessible à tous, un art dévoilé, montré et non caché, dans les rues et les espaces publics, dans les divers lieux de nature.

Edvard Munch a toujours été captivé par les paysages de rivage du fjord d'Oslo.

Paysage sur la mer, 1918

L'hiver dans le Fjord, 1915

Il ne puisait pas son inspiration uniquement dans ses paysages intérieurs tourmentés. Il s’inspirait également des magnifiques paysages qui l’entouraient, et on peut reconnaître les endroits où il a habité ou séjourné dans ses toiles. Quelques-unes de ses contrées sont devenues des lieux emblématiques de sa vie. Ainsi, vous pouvez aisément mettre vos pas dans les siens et découvrir les lieux qui ont enflammé son imagination, des paysages idylliques de la côte d’Åsgårdstrand et de Kragerø, à la trépidante rue Karl Johans gate à Oslo.

La Madonne, 1894

MUNCH ET LA FRANCE

Edvard Munch, est né le 12 décembre 1863 à Ådalsbruk (Løten en Norvège) et mort le 23 janvier 1944, à l’âge de 80 ans à Oslo.

Lors de son premier séjour à Paris, en 1885, Edvard Munch a l’occasion d’étudier les collections du Musée du Louvre et ainsi, de voir les œuvres des grands maîtres.
À l’automne 1889, Munch a droit à une grande exposition de ses œuvres à Christiana, où l’État lui accorde une bourse d’artiste pour trois ans. Paris, où il devient pour un moment l’élève de Léon Bonnat, est une destination logique. C’est à cette époque que perce un mouvement post-impressionniste avec plusieurs expériences anti-naturalistes. Peu après son arrivée à Paris, Munch reçoit la nouvelle de la mort de son père. C’est dans ce contexte que l’on interprète souvent la solitude et la mélancolie de son tableau, Nuit en 1890. A partir de l’année suivante, dans ses tableaux dominent les grandes lignes courbes et les zones de couleurs homogènes, une simplification et une stylisation utilisée par Paul Gauguin et les synthétistes français. À cette époque, il réalise les premières esquisses de son œuvre la plus connue, Le Cri. Il peint également une série de tableaux dans un style impressionniste et pointilliste, avec pour sujets la Seine ou l’avenue centrale de Christiana, Karl Johans gate. Mais ce qui intéresse surtout Munch, ce sont les impressions de l’âme et non celles des yeux. A l’automne 1892, Munch se fait inviter à une exposition à Berlin, s’est ainsi fait un nom et il se décide à y rester.

Retour en France en 1896, où Munch abandonne Berlin pour Paris, où séjournent notamment August Strindberg et Meier-Graefe. Il se concentre de plus en plus sur les moyens graphiques, aux dépens de la peinture. De retour en Norvège en 1898, il achète une maison à Asgårdstrand et fait la connaissance de Tulla Larsen, avec laquelle il entreprend, en 1899, un grand voyage : Paris, Nice, Berlin, Florence et Rome. À Paris, il habite au no 32, rue de la Santé, dans le 14e arrondissement.