CINÉMA

La Grâce

Pour ceux qui aiment les belles histoires au rythme si particulier des films scandinaves, à l’étude psychologique des êtres humains qu’ils soient dans le cadre de l’école, du cercle familial, du travail ou des amis. Un résumé des comportements, des plus laids aux plus magnifiques et inattendus. Le jeu lent des acteurs se cale parfaitement au rythme de la nuit polaire qui laisse place au soleil et la rédemption. C’est à la fois très poignant, car si juste mais surtout que cette histoire bouleversante (pas nouvelle au cinéma “Que la bête meure” ) pourrait nous arriver à chacun d’entre nous et nous pose la question de connaître notre comportement et nos réactions. La fin du film est émouvante et le générique de fin totalement silencieux clôture cette petite perle. Les paysages sont saisissants, l’ambiance est glaciale sur ces terres froides d’Hammerfest. L’esthétique n’est pas oubliée et la bande son, crissements de pas, respirations, chants samis nous plongent d’avantage dans  l’athmosphère du grand Nord).

SYNOPSIS

Un couple d’Allemands, Niels et Maria, vivent avec leur fils Markus dans une ville norvégienne sur le bord de l’océan Arctique, au nord-ouest du pays. Ils ont émigré en espérant donner un second souffle à leur vie de famille. Un jour, en rentrant du travail, Maria est impliquée dans un accident de la route, et semble avoir écrasé quelqu’un ou quelque chose. Dans l’impossibilité de faire face à la situation, elle panique et se précipite à la maison. Après avoir tout raconté à son mari, celui-ci lui conseille de se taire. Alors qu’il était en train de se disloquer à cause des nombreuses infidélités de Niels, son couple va se renforcer sous le poids de la culpabilité…
Télérama

Titre original : Gnade
Distributeur : Jour2fête
Récompenses : 10 nominations au festival de Berlin
Année de production : 2012
Langues : Allemand
Sortie en France : 6 novembre 2013
Musique : Homesweethome

Birgit Minichmayr : Maria
Jürgen Vogel : Niels
Henry Stange : Markus
Ane Dahl Torp : Linda
Maria Bock : Wenche
Stig Henrik Hoff : Björn
Iren Reppen : Sofie
Richard André Knutsen : Mikkel

Matthias Glasner a situé l’action de La Grâce au bord de l’océan Arctique. Le réalisateur a découvert ce paysage plusieurs années auparavant, avant même l’écriture du scénario du film. Il se souvient de cet environnement particulier : « Je l’ai trouvé absolument fascinant, car de son caractère grandiose se dégage comme un équilibre. On a le sentiment de ne pas être nécessaire à ce paysage, de ne pas en faire partie. En même temps, on voit ces petites maisons au bord de l’océan et on se demande qui peut bien habiter là. En plus, j’éprouvais le désir de vivre à cet endroit pour réinventer ma vie. Cette idée ne me quitte pas et, dans un environnement aussi rude, elle a un caractère particulièrement aventureux. C’est un paysage qu’il faut conquérir. »

ARTICLE CINEUROPA

Le scénario, écrit par l’excellent Danois Kim Fupz Aakeson, est centré sur une famille allemande littéralement représentée dans la première image comme scindée en trois et qui part vivre à Hammerfest le temps d’une mission liée au travail du père Niels (Jürgen Vogel, co-fondateur avec Glasner de la société de production du film, Schwarzweiss). Pour son épouse Maria (l’Autrichienne Birgit Minichmayr, Ours d’argent en 2009), elle-même aide-soignante dans un hospice pour patients en phase terminale, ce déménagement est une « deuxième chance ». Mais leur fils Markus, qui avec ses yeux sans joie remarque toujours tout (on note que les noms des personnages ont été soigneusement choisis), n’est pas dupe de l’indifférence entre ses parents, tellement manifeste dans leur silence quand ils se trouvent face-à-face à la table du dîner qu’on se demande comment ils peuvent encore partager la même couche. Tandis que Maria, éreintée, accumule les gardes de nuit, Niels, dont Vogel restitue impeccablement la dure froideur, est nettement gouverné par un égoïsme tout masculin qu’on retrouve dans sa liaison extraconjugale éhontée comme dans son refus d’apprendre le norvégien.

Soudain, en rentrant du travail dans l’obscurité, Maria percute quelque chose sur la route, prend peur, s’enfuit et y renvoie son mari pour vérifier que ce qu’a heurté son véhicule n’est pas resté là. Ce n’est que quelques temps après que le couple apprend qu’une adolescente a été retrouvée morte sur le lieu de l’accident. Avec la complicité de Niels, Maria veut garder le secret car elle n’est « pas cette personne » qui abandonne les souffrants et elle refuse, autant pour elle-même que pour son fils, de porter à jamais cette étiquette. Cette réponse que le couple donne ensemble à la question « Et maintenant, on fait quoi ? » marque le début d’un rapprochement, consacré par l’émotion d’un moment musical nu, poignant, tandis qu’en chacun d’eux continue de s’effectuer un long et secret travail d’acceptation qui parachève leur réunion.

Matthias Glasner procède comme ses personnages, de manière organique, jamais précipitée, pour intégrer dans le tissu apparemment minimaliste et rude de son film des motifs calmement bouleversants : l’inextinguible inquiétude des parents devant tous les dangers auxquels sont exposés les enfants, l’idée de faire face (illustrée par différents types de tête-à-tête), et la confiance qu’il faut faire à la capacité de compassion et de pardon des gens, qui a pour corollaire le fait qu’on ne doit pas occulter la douleur mais au contraire la reconnaître pour trouver la sérénité. Comme la caméra de Markus, qui observe tout, celle de Glasner suit avec patience le retour de la lumière après la nuit tandis que s’élèvent vers le ciel les puissantes polyphonies nordiques de la chorale locale. La grâce est certainement un film qui se mérite, mais quand avec le soleil revient l’unisson, en une seule simple scène chantée, on prend comme un coup dans la poitrine toute la mesure du parcours accompli.

Bénédicte Prot

Teaser en Version originale

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