BOUQUINS

“De pierre et d'os”, une vision alternative du monde

“De pierre et d’os » est un livre profond qui trouve tout son sens dans la période actuelle car il nous donne à méditer sur ce que peut signifier exister en harmonie avec la nature. Et comment cette nature nous oblige à nous adapter, à nous réinventer.

À condition de l’écouter. Il est aussi question ici de la cohabitation avec les bons et les mauvais penchants de l’être social, de la communauté des humains. La présence des esprits bien vivants apporte la magie nécessaire pour laisser s ‘envoler notre imaginaire. Se plonger dans ce récit, c’est alors, comme l’écrit si bien Bérengère Cournut l’auteure, “une porte d’entrée vers l’univers foisonnant du peuple inuit et les photos qui suivent l’effleurement d’un monde ancien toujours vivant. »

Photos : ©De Pierre et d’Os – Shutterstock – archives

« Les Inuit sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l’Arctique depuis un millier d’années. Jusqu’à très récemment, ils n’avaient d’autres ressources à leur survie que les animaux qu’ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d’animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L’eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu’accompagne parfois le battement des tambours chamaniques. » (note liminaire du roman).

Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.

Deux ans après son roman Née contente à Oraibi, qui nous faisait découvrir la culture des indiens hopis, Bérengère Cournut poursuit sa recherche d’une vision alternative du monde avec un roman qui nous amène cette fois-ci dans le monde inuit. Empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, De pierre et d’os nous plonge dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo.

Édition augmentée d’un cahier de photographies.
La couverture a été réalisée par Juliette Maroni.

RÉSUMÉ

Dans l’Arctique, une jeune Inuite appelée Uqsuralik (signifiant « Animal blanc ») se retrouve brusquement séparée de sa famille lors d’une rupture de la banquise près de son igloo. Après plusieurs jours de dérive et diverses tentatives pour retrouver la terre ferme, elle réussit à rejoindre un autre groupe de chasseurs dans leur campement d’hiver. Ce nouveau clan la sauve dans un premier temps, mais les agissements traumatisants du père de famille, Le Vieux, envers elle changent le cours de sa vie. Chasseuse talentueuse, grâce à l’apprentissage acquis auprès de son père, elle est considérée comme un « garçon manqué » (un Arnaautuq) par ses congénères, ce qui lui permet de s’affirmer dans le groupe, notamment auprès des fils de l’homme mauvais. Elle se rapproche en particulier de Tulukaraq, puis s’unit à lui, jusqu’au jour où ce dernier disparait alors qu’il chasse avec son père.

Uqsuralik sait qu’elle doit maintenant quitter ce clan et s’éloigner du Vieux. Partant avec le peu d’affaires qu’elle possède, elle s’établit dans une autre baie pour mettre en sûreté la vie qui grandit en elle. À l’approche de l’hiver, elle voit par chance arriver le clan de son oncle et de sa femme Pukajaak, qui décident de s’établir dans la durée à cet endroit, construisant une maison en tourbe et en pierre. C’est au sein de ce nouveau chaleureux foyer qu’Uqsuralik met au monde sa fille Hila, vite adoptée par tout le monde et en particulier la mère de Pukajaak, Saunik, qui voit en elle la réincarnation de sa vieille mère et décide de lui transmettre tout son savoir.

Les saisons et les années passent, jusqu’à l’arrivée d’un homme venu de l’ouest, un homme étrange et solitaire, possédant un grand savoir chamanique qui sauve Hila d’une étrange maladie. Cet homme, Naja, décide de rester avec le clan où il ressent la force de Uqsuralik. Cette dernière n’a rien à lui offrir pour le remercier d’avoir sauvé sa fille que de se donner à lui, accomplissant une prophétie ou un rêve ancien qui s’était révélé à elle. Naja possède des savoirs et une ouverture d’esprit qui tranchent avec ceux de Inuits de cette région : venu de l’île de Baffin, il a parcouru le monde arctique d’ouest en est et s’est enrichi auprès des hommes qu’il a rencontrés. Après plusieurs années de vie au sein de la communauté, alors qu’Hila est devenue une jeune femme, Uqsuralik et Naja décident de vivre sans attaches et nomades, parcourant les baies au fil des saisons jusqu’au jour où deux jumeaux naitront de leur union.

PRIX LITTÉRAIRES

Le roman est récompensé le 2 septembre 2019 par le prix du roman Fnac (par un jury composé de 400 libraires et 400 adhérents Fnac), ainsi que le prix Libr’à nous 2020.

L’AUTEUR

Bérengère Cournut est née en 1979. Ses premiers livres exploraient essentiellement des territoires oniriques, où l’eau se mêle à la terre (L’Écorcobaliseur, Attila, 2008), où la plaine fabrique des otaries et des renards (Nanoushkaïa, L’Oie de Cravan, 2009), où la glace se pique à la chaleur du désert (Wendy Ratherfight, L’Oie de Cravan, 2013). Depuis, elle poursuit sa recherche d’une vision alternative du monde. En 2017, paraît Née contente à Oraibi (Le Tripode), roman d’immersion sur les plateaux arides d’Arizona, au sein du peuple hopi. En 2019, paraît De pierre et d’os (Le Tripode), roman empreint d’écologie et de spiritualité qui nous plonge dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo. C’est ce dernier roman qui révèle son œuvre au grand public (200 000 lecteurs à ce jour). Elle est également l’autrice de formes romanesques plus atypiques avec la nouvelle épistolaire Par-delà nos corps (Le Tripode, 2019) et le long chant d’Élise sur les chemins (Le Tripode, 2021).

QUELQUES CRITIQUES

« Avec la culture inuit, j’ai retrouvé une liberté de l’imaginaire »
Marie Richeux
podcast de l’émission Par les temps qui courent / France Culture

Hymne à la complémentarité, à l’entraide et au partage, cette cohabitation littéraire crée un grand sentiment de paix.
Marine Landrot
Télérama

La romancière nous rappelle, à chaque page, que vivre consiste à se renouveler, s’adapter, se réinventer. Dans un désert de glace, la vie est ténue, aride, vaste. Elle n’est pas une offrande, mais une conquête. De pierre et d’os est un voyage initiatique. On pense, parfois, à un conte. La solitude humaine déploie des ailes immenses. La nuit est étoilée. La jeune fille devient une femme puis une vieillarde. Elle marche sur la banquise et rencontre le monde.
Marie-Laure Delorme
Le Journal du Dimanche

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